125cc et Esprit Motard : Une Question de Cylindrée ou de Passion ?

La question de savoir si les conducteurs de motos 125 cm³ sont de véritables "motards" est un sujet de débat récurrent au sein de la communauté motocycliste. Loin d'être une simple querelle de chapelle, cette interrogation touche à des aspects fondamentaux de la culture moto, à la législation et à la perception qu'ont les différents usagers de la route les uns des autres. Pour explorer cette question en profondeur, il est essentiel de déconstruire les idées reçues, d'analyser le cadre légal et de considérer les multiples facettes de l'expérience motocycliste.

Le Cadre Législatif Français et les 125 cm³

En France, la législation concernant les deux-roues motorisés de 125 cm³ est spécifique et a évolué au fil du temps. Il est crucial de commencer par ce point car il encadre l'accès à cette catégorie de véhicules et influence indirectement le débat sur l'identité "motarde".

Depuis le 1er janvier 2009, une mesure importante a été mise en place : les titulaires du permis B (permis voiture) ayant obtenu ce permis après le 1er janvier 2007 sont autorisés à conduire une motocyclette légère (125 cm³ maximum) à condition de suivre une formation pratique obligatoire de trois heures. Cette formation vise à sensibiliser les automobilistes aux spécificités de la conduite d'un deux-roues, en termes d'équilibre, de freinage, de trajectoires et de partage de la route avec les autres usagers, notamment les motards expérimentés.

Avant cette réforme, la situation était différente. Le permis B permettait déjà de conduire des 125 cm³ sous certaines conditions d'ancienneté du permis, mais sans formation spécifique obligatoire. L'instauration de cette formation a marqué une volonté de renforcer la sécurité et d'améliorer la cohabitation entre les différents types de conducteurs de deux-roues.

Il est important de souligner que cette formation de trois heures n'est pas un permis moto à part entière. Elle permet uniquement d'ajouter la catégorie 125 cm³ à un permis B existant. Pour conduire des motos de cylindrée supérieure, il est nécessaire de passer les permis moto spécifiques (permis A1, A2, puis A).

Cette spécificité législative crée une première distinction : certains conducteurs de 125 cm³ sont avant tout des automobilistes ayant élargi leurs compétences à un deux-roues léger, tandis que d'autres sont des motards en herbe, utilisant la 125 cm³ comme première étape avant de potentiellement passer à des cylindrées plus importantes.

Les Différentes Perceptions au Sein de la Communauté Motocycliste

Le débat sur le statut "motard" des conducteurs de 125 cm³ se nourrit de perceptions variées, souvent teintées d'expériences personnelles et d'une certaine vision de ce que représente le motocyclisme.

La Vision des "Puristes" ou "Motards Expérimentés"

Une partie de la communauté motocycliste, souvent constituée de motards expérimentés et passionnés par les "grosses cylindrées", peut avoir une vision plus restrictive de ce qui définit un "motard". Pour ces personnes, le motocyclisme est souvent associé à la passion pour la mécanique, aux longs trajets, aux sensations fortes procurées par la puissance et la performance de machines plus imposantes. Dans cette perspective, la 125 cm³, souvent perçue comme un véhicule utilitaire ou un moyen de transport urbain pratique et économique, pourrait être considérée comme étant en marge du "vrai" motocyclisme.

Cette vision peut être alimentée par plusieurs facteurs :

  • La cylindrée et la puissance : Les 125 cm³ sont intrinsèquement moins puissantes et moins performantes que les motos de cylindrée supérieure. Pour certains, la sensation de puissance et la capacité à effectuer de longs trajets sur route ou autoroute sont des éléments essentiels de l'expérience motocycliste.
  • L'expérience et la formation : La formation de trois heures pour les détenteurs du permis B peut être perçue comme étant trop courte pour acquérir une maîtrise et une culture moto comparables à celles des motards ayant passé des permis moto spécifiques et accumulé des années d'expérience.
  • L'usage perçu des 125 cm³ : Les 125 cm³ sont souvent associées à un usage urbain, utilitaire, pour les trajets domicile-travail ou les déplacements en ville. Cette perception peut contraster avec l'image du motard voyageur, aventurier ou passionné de mécanique.

Il est important de noter que cette vision, bien que répandue dans certains cercles, n'est pas universelle et ne reflète pas nécessairement l'ensemble des opinions au sein de la communauté motocycliste.

Une Vision Plus Inclusive et Pragmatic

À l'opposé de la vision "puriste", une autre perspective, plus inclusive et pragmatique, considère que tout conducteur de deux-roues motorisé, quel que soit le type de véhicule ou la cylindrée, peut être considéré comme un "motard" à part entière. Cette vision met l'accent sur d'autres aspects de l'expérience motocycliste, tels que :

  • Le partage de la route et les valeurs motardes : Le respect des autres usagers, la prudence, la solidarité entre motards (quelle que soit la machine), le plaisir de la conduite en plein air, le sentiment de liberté, sont des valeurs partagées par de nombreux conducteurs de deux-roues, y compris ceux qui roulent en 125 cm³.
  • L'accès à la moto pour un plus grand nombre : Les 125 cm³ représentent une porte d'entrée abordable et accessible au monde de la moto. Elles permettent à un public plus large, y compris les jeunes, les personnes ayant des contraintes budgétaires ou celles privilégiant un usage urbain, de découvrir les joies du deux-roues motorisé.
  • La diversité des pratiques motocyclistes : Le motocyclisme ne se limite pas aux "grosses cylindrées" et aux longs trajets. Il existe une multitude de pratiques : usage urbain, balades du week-end, moto-école, compétitions de petites cylindrées, etc. Chaque pratique a sa légitimité et contribue à la richesse de la culture moto.
  • L'évolution des mentalités : La société évolue, les modes de déplacement aussi. Dans un contexte de préoccupations environnementales et de congestion urbaine, les 125 cm³ peuvent être perçues comme une solution de mobilité pertinente et responsable. Cette évolution pourrait amener à une vision plus ouverte et moins élitiste du motocyclisme.

Cette vision inclusive reconnaît que le terme "motard" englobe une diversité de profils et de pratiques, et que la cylindrée n'est pas le seul critère déterminant. L'esprit motard, selon cette perspective, réside davantage dans un état d'esprit, un comportement sur la route et un partage de valeurs communes.

Au-delà de la Cylindrée : Qu'est-ce qui Définit un "Motard" ?

En fin de compte, la question de savoir si les conducteurs de 125 cm³ sont des "motards" nous amène à nous interroger sur ce qui définit réellement ce terme. Au-delà de la cylindrée, quels sont les éléments qui constituent l'identité "motarde" ?

L'Esprit Motard : Plus qu'une Machine, un État d'Esprit

Pour beaucoup, être "motard" est avant tout une question d'état d'esprit. Il s'agit d'adopter un certain comportement sur la route, de partager des valeurs communes et de ressentir un certain plaisir et une certaine passion pour la moto, quelle qu'elle soit.

Cet état d'esprit peut se manifester par :

  • La prudence et la vigilance : Être conscient des dangers de la route, anticiper les situations à risque, adapter sa conduite aux conditions et aux autres usagers.
  • Le respect des autres usagers : Partager la route de manière courtoise et respectueuse avec les automobilistes, les cyclistes, les piétons.
  • La solidarité entre motards : S'entraider en cas de besoin, se saluer sur la route, partager des conseils et des expériences.
  • Le plaisir de la conduite : Apprécier les sensations de liberté, de vent, de maniabilité, que procure la conduite d'un deux-roues.
  • La passion pour la mécanique (pour certains) : S'intéresser au fonctionnement de sa machine, à son entretien, à sa personnalisation.

Ces éléments peuvent être partagés par des conducteurs de 125 cm³ tout autant que par des motards de "grosses cylindrées". L'esprit motard ne serait donc pas une question de cylindrée, mais plutôt une question d'attitude et de valeurs.

L'Expérience et la Progression : La 125 cm³ comme Point de Départ

Pour de nombreux motards expérimentés, le parcours motocycliste commence souvent par une petite cylindrée. La 125 cm³ peut être une excellente école pour apprendre les bases de la conduite d'un deux-roues, se familiariser avec les spécificités du pilotage, acquérir de l'expérience et progresser progressivement vers des machines plus puissantes.

Dans cette perspective, les conducteurs de 125 cm³ peuvent être considérés comme des "motards en formation", des apprentis qui font leurs premières armes et qui aspirent potentiellement à évoluer vers des cylindrées supérieures. Il serait donc réducteur de les exclure de la communauté motarde, alors qu'ils sont souvent sur le chemin de l'apprentissage et de la progression.

La Diversité des Besoins et des Usages : La 125 cm³ a sa Place

Il est essentiel de reconnaître la diversité des besoins et des usages en matière de mobilité. La 125 cm³ répond à des besoins spécifiques : déplacements urbains, trajets domicile-travail, facilité de stationnement, consommation réduite, coût d'achat et d'entretien plus abordable. Pour de nombreuses personnes, la 125 cm³ est le véhicule idéal pour leurs besoins quotidiens.

Il serait donc injuste de dévaloriser ou de mépriser cette catégorie de véhicules sous prétexte qu'elle n'entre pas dans une vision "puriste" du motocyclisme. La 125 cm³ a sa place dans le paysage motocycliste, et ses conducteurs ont autant le droit que les autres d'être respectés et reconnus comme des usagers de la route à part entière.

Le débat sur le statut "motard" des conducteurs de 125 cm³ est un reflet des tensions et des différentes visions qui peuvent coexister au sein de la communauté motocycliste. Il est important de dépasser les jugements hâtifs et les clichés pour adopter une vision plus tolérante et inclusive.

La cylindrée n'est pas le seul critère déterminant pour définir un "motard". L'esprit motard, l'attitude sur la route, le respect des autres, la passion pour la moto (même modeste) sont des éléments tout aussi importants, voire plus. Les conducteurs de 125 cm³, qu'ils soient des automobilistes occasionnels, des jeunes en apprentissage ou des utilisateurs urbains pragmatiques, font partie intégrante du paysage motocycliste et méritent d'être considérés avec respect et considération.

Plutôt que de chercher à établir des frontières et des hiérarchies au sein de la communauté motocycliste, il serait plus constructif de promouvoir le partage de valeurs communes, la solidarité entre tous les usagers de deux-roues et le respect mutuel sur la route. L'essentiel est peut-être de se rappeler que derrière chaque casque, qu'il soit sur une 125 cm³ ou une "grosse cylindrée", il y a avant tout un être humain, partageant, à sa manière, la passion et le plaisir de la moto.

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